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Enseigner l'Histoire, la Géographie, l'ECJS
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--LA FAÇADE ATLANTIQUE DE L’AMERIQUE DU NORD

Gérard Dorel, IGEN, IUFM de Caen, 10/11/2004


Au programme de terminale ES et L :

Les trois grandes aires de puissance : 
- L'Amérique du Nord (La façade atlantique de l'Amérique du Nord )
- L'Union européenne (L'Europe rhénane)
- L'Asie orientale (La mégalopole japonaise)

Comment comprendre le monde autour du thème de la puissance?
En géographie, l'entrée régionale prise comme étude de cas, est un bon moyen d’exprimer l’aire de la puissance.

Comment expliquer aux élèves qu’on ne traite que cela ?
Pour les Etats Unis, l’espace atlantique est un espace privilégié. Le centre de l’Union reste bien encore aujourd’hui le Nord-Est, même si la Californie joue un rôle important.
L’aire de la puissance de l’Amérique du Nord, c’est la façade atlantique et rien d’autre et c’est cela qu’il faut démontrer aux élèves.

Pour cela les élèves doivent acquérir des concepts de base, notamment celui de façade maritime.
Le concept de façade ne saurait se restreindre à celui de littoral, encore moins à celui de trait de côte. La géographie, c'est une science molle ; mais André Vigarié a défini ce concept.

Une façade océanique, c’est un système géographique qui inclut de part et d’autre du littoral les espaces limitrophes:
- l’avant pays océanique, soit le grand large océanique et les flux qui l’accompagnent. Pour l’Amérique du nord, ce grand large et ces flux fonctionnent depuis Christophe Colomb.
- les régions littorales elles mêmes dont les activités sont plus ou moins liées à l’océan.
- l’arrière pays océanique et les flux qui relient les ports, les canaux océaniques. Ici les grands lacs sont ports océaniques. La façade atlantique inclut les grands lacs et tous ces espaces appartiennent au sujet.

Cette façade atlantique doit être comprise dans une perspective géographique à l’échelle planétaire.
 

Pour plonger dans cette question, comment faire? (en trois heures)

Trois entrées:
- par l’histoire: de Colomb à Bush II.
- par l’intégration continentale: les dynamiques géographiques engendrées par l’exceptionnelle concentration des échanges sur cette façade.
- par la mondialisation de l’économie: description des quelques lieux centraux de la planète. Pour cela conception d’un croquis qui reprendra les grands concepts de l’analyse spatiale.
 

Première clé d’entrée: la "géohistoire".

Le partage colonial du continent conduit à l’intégration sous la houlette des USA.
- découverte.
- occupation.
- partage du continent depuis sa façade Est

Les Espagnols, qui ont conquis l'Amérique centrale, arrivent par le sud. Il leur faut contrôler la route de retour des galions (problèmes des corsaires anglais, français). ===> il faut contrôler la Floride pour s’assurer le passage nord caraïbe. L’Espagne fonde San Augustin, Tampa, Mobile. Elle prend ainsi le contrôle du sud de la façade atlantique non pas pour l’exploiter mais pour empêcher les autres d'y être, et pour s’assurer le passage.
==> Aux autres puissances européennes, il ne reste que la route du nord, une route connue pour les pêcheurs de morue mais beaucoup plus dangereuse. Sont en concurrence: les Français, les Anglais, les Néerlandais.

Les Français arrivent par le Saint Laurent (Jacques Cartier) et se dirigent vers les grands lacs, le Mississippi et l'Amérique espagnole. Cela entraîne des rivalités France, Espagne pour la Nouvelle Orléans, une ville plus espagnole que française. Les Français pénètrent à l’intérieur, recherchent des fourrures.

Les Britanniques s’installent dans ce qui reste, c’est à dire le Nord-Est. Les conditions climatiques y sont dures, les sols de médiocre qualité. Ils exploitent les fourrures, cherchent la voie du nord (Baie d’ Hudson) mais ne trouvent pas. ===> compétition avec les Français pour les fourrures, on transpose en Amérique la vieille querelle franco-britannique.

Les Néerlandais fondent New York mais se font éliminer rapidement.

A la fin des XVI°s, XVII°s, tout est en place.
Le problème des rapports avec l’Espagne sera réglé après l’indépendance des USA.

L’indépendance est une nécessité car de Boston à Washington s’est créée une région qui se développe sur elle même (économie autonome). Cette économie repose sur l’exploitation de l’océan: la morue, la baleine, base de la richesse d’un certain nombre de ports: Boston par ex. Ces richesses vont financer le grand commerce maritime (accumulation du capital primaire) et le commerce avec les Caraïbes (oppositions, rivalités avec l’Espagne). C’est à l’origine des grandes fortunes d’armateurs et ces armateurs vont fournir les bases de l’industrialisation. Au XIX°s , développement de l’industrie, des constructions navales, des constructions mécaniques, du textile.

Ainsi, en deux siècles, se crée un noyau de villes puissantes qui constituent la base arrière de la conquête de l’ouest.

Dans cet ensemble, pourquoi New York l’emporte-t-elle?
C’est le seul passage facile par l’ Hudson et , à partir de 1825, le canal Erié permet l'accès aux grands lacs et aux grandes plaines. Aucune des autres grandes villes avant le chemin de fer n’a de débouché aussi efficace vers l'intérieur.

Pendant ce temps, au nord, les Français sont éliminés du Canada en 1763. Les Anglais réussissent à maintenir la communauté française en s’appuyant sur les curés mais ceci au prix d’un repli identitaire, sur une catholicité archaïque: ===> Montréal, Québec se figent, elles se contentent d’envoyer du blé au Royaume Uni et c’est une colonie de traite qui se met en place, il n’y a pas d’industrialisation.
Au sud, même chose, on fabrique pour l’Europe: de l’indigo, du tabac, du coton. On met en place une économie de traite à la latino-américaine.

Le cœur occupé par les colons anglais développe une économie autonome qui aboutit à la maîtrise du territoire, alors qu'au nord comme au sud, une économie extravertie de traite a été mise en place.
Au sud, société et économie coloniales, esclavage, importation de produits de luxe.
Au sud, côté mexicain, économie totalement coloniale, extravertie, Veracruz servant de port d'expédition. Une fois l’indépendance proclamée, le Mexique tourne le dos au littoral. Il y a une indépendance sans décolonisation, donc pas d’évolution libérale, pas de changement social, les indigènes sont toujours soumis.

Seul le centre de la façade atlantique se développe de façon autonome avec des ports au rôle complexe. Au nord et au sud, peu de ports et ils ne sont pas complets.
===> mise en place d’un système géographique qui va avoir des répercussions jusqu’à nos jours.

Une question pour finir : pourquoi les USA n’ont pas avalé le Canada?
Au XIX°s le Royaume Uni est la première puissance mondiale, donc on s’attaque pas à elle.
===> de nos jours trois pays se partagent cette façade atlantique, plus Saint Pierre et Miquelon!
USA: 1776
Mexique: 1825.
Canada: 1867.

Trois pays distincts par leur géographie, leurs populations, leurs cultures, leurs lois. C’est par l’économie que va se faire l’intégration sous l’impulsion des USA.

Par absorption du Texas, par accords bilatéraux avec le Canada, le Mexique. ex : de l’industrie automobile des Grands Lacs, du Brasero program de 1944 avec le Mexique, etc. Faire entrer la main d’œuvre puis installer des maquiladoras. tout cela pour aboutir en 1992 à l’ALENA. Cependant il n’y a pas libre circulation des hommes entre le Mexique et les Etats Unis.
 

Deuxième clé d’entrée: l’intégration continentale.

Par les flux humains, financiers, le métissage culturel, les dynamiques régionales.

Les flux humains.
Ce sont les mouvements migratoires en provenance du monde entier (et non plus seulement d’Europe). Montreal, Toronto, New-York, Philadelphie sont les porte d’ entrée migratoire des USA, les Gateways.

Migrants en provenance d’Amérique latine, il y a les pauvres, parfois clandestins mais pas seulement. Il y a aussi les réfugiés politiques: les Cubains à Miami mais aussi les Haïtiens, les proscrits politiques de droite et de gauche, les ex généraux d’Amérique latine. Les bourgeoisies latino-américaines: toutes ces familles ont des résidences secondaires à Miami, à New York etc. (ces lieux visibles, liens invisibles, qui seront le thème de Saint-Dié 2005, mettent en jeu l'intuition chez le géographe).

A cela il faut ajouter les touristes ( la Floride est le premier centre touristique du monde.
30 000 lits sont concentrés sur une seule avenue à Cancun.

Les flux de marchandises reflètent les dynamiques régionales.
Dynamiques du pétrole. Intégration dominés/ dominants. Actuellement les gisements du Texas et de la Louisiane sont en voie d’épuisement (80Mt au total, moins de 25% du total produit aux EU. Mais 1$ de plus le baril, c'est 1 milliard de plus pour le Texas!).

Le Mexique est devenu la cinquième puissance pétrolière mondiale grâce aux nouveaux gisements (en mer, en baie de Campeche, 190Mt pétrole ; le gisement de Tampico s'épuise). L’essentiel de ce pétrole mexicain est exporté vers les USA, vers le reste de la façade Est et il garantit la dette mexicaine vis à vis des USA. Il y a donc bien domination et intégration des économies.

On pourrait faire de même avec les ressources agricoles tropicales.
Par exemple la Floride a pris le relais de Cuba, et produit 7Mt sucre.
Que se passera-t-il après la disparition de Castro ?

Ou encore, rôle de cette façade dans l’exportation des céréales du continent par la Nouvelle Orléans et par Houston.
Au nord, une dynamique géographique qui est portée par les grands foyers du NE qui passent d'une économie portuaire et industrielle (au temps du fordisme) à une économie post industrielle fondée sur la haute technologie, les biotechnologies, l’informatique (cf les entreprises pharmaceutiques autour de Philadelphie).

Le Nord-Est est devenu une région d’industries de pointe qui rivalise avec la Californie: ex: la route 128 à Boston, le noyau innovateur autour de Washington, dans un rayon de 20 km, etc.

Dans ces grandes villes du NE, il y a un terreau (hommes, idées, argent…) qui permet l'alchimie qui est à la source de la réussite économique et du développement. Ce n'est surtout pas une mono industrie.

Toutes les villes du NE se transforment, rebondissent (comme le font Lille, Liverpool, la Ruhr en Europe). Il ne faut pas en rester à l'image des difficultés économiques, de l'effondrement des années 1970.

Ces villes, par exemple Baltimore, redécouvrent leur front d’eau.
Boston, la ville du MIT, des assurances, de la route 128, peut s'offrir 80 milliards de $ de travaux, et enfouir son réseau routier.
Toronto, Montréal, Philadelphie ont aussi beaucoup évolué.

Au Nord donc une dynamique géographique exceptionnelle.
Au Sud, le passage d’une économie de comptoirs à une économie métropolisée, dynamisée par l'agribusiness, le tourisme, les hydrocarbures, les nouvelles technologies).
Cela ne donne pas la Mégalopolis mais une économie insulaire:
Miami, Tampa, Houston, Charleston, ce sont des points isolés.

Il manque les concentrations initiales du NE. Ce sont des économies dynamiques mais les métropoles les plus fortes sont dans l’arrière pays: Atlanta Dallas. Exceptions: Houston (le pétrole), Miami (la fonction interface USA/ Amérique latine. Parallélisme possible avec la Californie où l’interface est plus complexe car il faut y ajouter l’Asie.) Reste que le Sud n’a pas le même système que le Nord de la façade.

Les flux de capitaux.

New York et Miami sont les places financières majeures.
Depuis une trentaine d'années, l'apport de crédits liés à la recherche-développement, les délocalisations ont favorisé le Sud, et permis le développement de véritables métropoles industrielles.

Pour le Nord-Est il convient d'évoquer les puissants foyers que sont la Megalopolis et la Main street America. La Seaway permet aux navires de remonter jusqu'à Chicago depuis 1959.
Chicago, Detroit, Windsor, Cleveland,Toronto : toutes ces villes ont des fonctions portuaires et industrielles. Ce sont des ensembles complexes d'activités de nature différente, même si les activités de commandement dominent.

Le métissage culturel.
Ilot de résistance au Québec sur le français.

Métissage dû à la marée latino-américaine assez puissante pour préserver l’espagnol. En conséquence, le bilinguisme est devenu un fait largement étatsunien. L’espagnol est présent partout et ceci renforce le catholicisme dans les villes.
===> Mexamérica en formation.

Troisième clé d’entrée: la mondialisation.

Place exceptionnelle des villes-mondes sur cette façade atlantique.
Places financières de premier ordre: New York, Boston, Toronto.

Concentration des grandes entreprises, des sièges sociaux, ports, aéroports mondiaux: New York, Boston, Toronto (liaisons fortes avec l’Asie).

Les produits asiatiques sont acheminés en Amérique sur la côte pacifique, déchargés les conteneurs sont mis sur des trains qui traversent le continent en trois jours puis ils sont acheminés par les ports de l'Atlantique vers l’Europe.

Brain drain enfin. A Harvard, pendant l’été la majorité est asiatique, les post doc sont nombreux dans le NE des USA.

Les pôles d’innovation sont à l’échelle mondiale dans tous les domaines. Par exemple, New York est leader dans la mode, l’édition, les arts, l’information etc et les artistes vivent mieux dans le NE des USA!

Conclusion:

Une véritable hiérarchie s’établit:
Villes de rang mondial.
Villes relais.
Problème de Montréal (interface avec la France).
 

Que pourrait être la légende du croquis?
(croquis en cours de numérisation)

1) Les centres:
- Gate ways.
- grandes agglomérations de l’arrière pays.

2)Les espaces littoraux spécialisés: tourisme.
pétrole.
grande pêche.

3)Les périphéries intégrées:
Nord/Nord: Main Street - Chicago, Québec.
Sud/Nord: Maquiladoras sur la frontière.

4)Les périphéries en voie d’intégration:
Caraïbes.
Cuba (en attente!)

5) Les périphéries délaissées:
(angles morts, isolats)
Labrador
Carolines (zones côtières)
Yucatan (sauf Cancun et Mérida).

Autre version, sur le site des historiens-géographes de l'académie de Versailles

compte rendu par Anne-Marie Ternon, 16/11/2004
mise en ligne DL dletouzey__ac-caen.fr